Déroulement des séances
Les séances suivent une structure fixe, modulable selon les périodes et les besoins des élèves grâce à des variables didactiques ou aux objectifs que vous fixez pour vos élèves (stratégies).Voici donc l’essentiel de chaque type de séance ainsi que les leviers pédagogiques à adapter librement.
Rappel : La méthode prévoit l'étude de 2 épisodes par semaine, chacun durant 1h30 : 30 min de compréhension, 30 min de débat philosophique, 30 min de rédaction, soit 3h au total par semaine.
Séance de compréhension


1ere phase : La lecture (5 minutes)
Elle consiste tout simplement à découvrir le texte du jour.
Variables didactiques :
C1A : Lecture offerte par l’adulte —> Compréhension orale.
C1B : Lecture offerte pour les élèves en difficultés / Lecture autonome pour les autres.
C1C : Lecture offerte partielle pour les élèves en difficultés / Lecture autonome pour les autres.
C1D : Lecture autonome.
2e phase (écrite): Les questions et le vocabulaire (10 minutes)
Dans la partie compréhension, les 2 premiers exercices sont un petit questionnaire de 3 à 4 questions pour comprendre le sens global du texte et des questions de vocabulaire pour mieux comprendre et enrichir ses connaissances. Ils sont corrigés à l’oral.
Variables didactiques :
C2A : Réaliser les exercices en commun (À privilégier lors des premières séances pour apprendre à répondre à une question et poser nos exigences de présentation, tout en visant une autonomie rapide).
C2B : Réaliser les exercices en autonomie.
3e phase (orale): Comprendre l’implicite (7 minutes)
La partie « Comprendre l’implicite » se fait à l’oral, en groupe. Elle vise à explorer le sens caché du texte, les intentions de l’auteur et les sous-entendus. Comme l’interprétation reste subjective, il s’agit d’échanger des hypothèses et impressions. L’enseignant étaye, explicite et invite les élèves à déterminer et utiliser les stratégies de compréhension pertinentes pour gagner en autonomie dans leur analyse.
Variables didactiques :
C3A : Réaliser l’échange en groupe classe
C3B : Réaliser l’échange en petits groupes et faire une mise en commun sous forme de « classe puzzle ».
C3C : Répondre individuellement à l’écrit (possible si on souhaite évaluer les acquis de l’enfant).
4e phase (écrite) : Réaliser le résumé de l’épisode (8 minutes)
L’enfant peut soit compléter un résumé type pour s’exercer à sa structure, soit rédiger son propre résumé en s’appuyant sur des questions-guides. L’alternance entre ces deux formes d’exercices est volontaire afin d’allier analyse et pratique.
Variables didactiques :
C4A : Réaliser un résumé à l’aide du support en collectif.
C4B : Réaliser un résumé à l’aide du support en autonomie (une bonne partie de l’année).
C4C : Réaliser un résumé sans l’aide du support en binômes (pour la période 5 par exemple, quand les élèves ont beaucoup pratiqué).
C4C : Réaliser un résumé sans l’aide du support en autonomie.
Séance de débat philosophique
« Animer un débat philosophique avec des enfants, c’est marcher sur un fil tendu en étant le gardien invisible d’une parole libre, encadrée par la bienveillance, protégée par la loi, et jamais parasitée par nos convictions d’adultes. »
Maitresse Mélie
Comment enseigner la philosophie en classe ? (Extrait du guide du maître)
Disposition des élèves
Il est à privilégier que les élèves soient regroupés en cercle, afin de faciliter les échanges. L’enseignant fait partie de ce cercle mais reste en retrait pour laisser les enfants s’exprimer.

Premières séances
Au départ, il est préférable que l’enseignant garde la maîtrise du débat afin d’introduire progressivement les règles de base de celui-ci. Cela est souvent nécessaire en début d’année, car les élèves ont besoin de repères pour s’approprier cette nouvelle forme d’échange, qui peut les déstabiliser : s’exprimer devant un groupe n’est pas un exercice facile pour tous. L’enseignant joue alors un rôle central : il est garant du cadre et des prises de parole. C’est lui qui lit les questions et guide les échanges. J’aime, en fin de séance, rajouter le sujet d’écriture n°1 comme question bonus. Cela permet d’amorcer une réflexion argumentative, de s’enrichir des idées entendues, et d’offrir aux élèves qui choisiront ce sujet en production écrite un premier recul sur la question.
Ces premières séances sont essentielles pour évaluer vos élèves et leur prise de parole.
Le déroulement des séances au fil de l’année
Une fois les évaluations diagnostiques réalisées, je vous recommande de constituer des équipes. Dans ma classe, j’en forme trois : les jaunes, les rouges et les verts. (Je conseille 4 groupes s’il y a plus de 24 élèves). Les élèves apprécient beaucoup cette dynamique de groupe, qui donne un petit air de « Koh-Lanta du débat philo ». Le système de points stimule leur motivation : il les incite à s’exprimer, à soigner l’introduction de leurs prises de parole et à structurer leur argumentation de manière claire, cohérente et pertinente.
Matériel
- Gobelets de couleurs (possibilité de les peindre) : 1 par élève + 1 exemplaire suppl. de chaque couleur.
- Des jetons
- Un tableau récapitulatifs des scores (facultatif)
- Des cartes rôles (pour les experts)
Fonctionnement
- Les élèves sont assis en cercle.
- Chaque orateur possède un gobelet de sa couleur. Il est retourné
devant lui (important).
- L’enseignant dispose devant lui les 3 gobelets de chaque couleur
prévus en supplément avec à côté une boite de jetons.
- Avant de commencer, l’enseignant explicite ses attentes concernant
les stratégies qu’il souhaite que les élèves mettent en place.
- L’enseignant distribue la parole en faisant attention à la répartir
équitablement entre les groupes et en privilégiant ceux qui n’ont pas
encore parlé.
- Quand un élève prend la parole pour la première fois, et que celle-ci est validée par l’enseignant, il peut retourner son gobelet pour le mettre à l’endroit.
Compter les points
Les règles principales sont les suivantes :
- 10 points sont gagnés par l’équipe si l’ensemble de ses membres a pris au moins une fois la parole (visible grâce aux gobelets retournés).
- 1 point est gagné pour chaque nouvelle idée ou nouvel argument.
Des points bonus peuvent ensuite être attribués en fonction des efforts fournis par les élèves dans l’application des stratégies d’éloquence demandées par l’enseignant. Comme mentionné précédemment, l’enseignant explicite clairement ses attentes à ce sujet. Chaque prise de parole peut ainsi rapporter jusqu’à 3 points, en tenant compte de la qualité de l’intervention et de l’intégration progressive des stratégies travaillées.
Exemple :
* Oui il faut sauver les dauphins —> 0 point
* Je pense qu’il faut sauver les dauphins car cela permet de protéger la nature —> 1 point (ou 2 si on est vraiment sur les débuts de l’argumentation) pour donner son avis et le justifier de manière simple.
* Je pense qu’il faut sauver les dauphins car cela permet de protéger la nature. De plus, il est important de faire en sorte qu’ils ne disparaissent pas. —> 2 points pour donner son avis et le justifier de manière complexe en utilisant des connecteurs logiques.
* Je pense qu’il faut sauver les dauphins car cela permet de préserver la nature. De plus, il est important de lutter contre l'extinction des espèces animales. —> 3 points pour donner son avis et le justifier de manière complexe en utilisant des connecteurs logiques et un vocabulaire pertinent.
Mais cela peut être aussi donner un exemple, rebondir correctement sur l’argumentation d’un camarade... A vous de définir les règles et points bonus en fonction des besoins de vos élèves et de leur progression dans l’année.
Tableau de scores
À la fin de chaque débat, les points sont comptabilisés collectivement. Le dernier score, le record de chaque équipe, ainsi que le nombre de victoires sur l’œuvre en cours sont notés dans un tableau. À chaque nouvelle œuvre, le nombre de victoires est réinitialisé et les équipes peuvent être réajustées si nécessaire. Il est aussi possible d'afficher le record global de la classe (somme des scores des trois équipes).
Le score permet aux élèves de visualiser objectivement leur progression collective et sert de levier de valorisation. Même une équipe « perdante » peut être applaudie pour avoir atteint un nouveau record.
L’esprit d’équipe est essentiel : il encourage la motivation et la coopération. Toutefois, une mauvaise attitude durant un débat peut entraîner une perte de points ou une exclusion temporaire.
Faire un retour sur le débat
Pendant le débat, n’hésitez pas à réagir de façon théâtralisée et encourageante lorsque vous entendez un élève utiliser un vocabulaire précis ou faire des efforts pour structurer sa pensée. Un petit commentaire positif ou une brève exclamation valorisante peut vraiment l’encourager, tout en montrant aux autres élèves l’exemple à suivre. En fin de séance, il est également très utile de faire un petit bilan collectif : relever les points positifs, et identifier ensemble ce qui peut être amélioré pour les prochaines séances, permet à chacun de progresser.
Les experts de l’éloquence
En fin d’année, on peut estimer que nos élèves ont acquis un
certain niveau d’éloquence et de maitrise du débat philosophique
pour les laisser autonomes. On peut ainsi les inviter à mener le
débat eux-mêmes, comme en société. L’enseignant, ici, s’efface
pour laisser les élèves être totalement acteurs, de manière
indépendante. Pour cela, vous aurez à votre disposition des cartes
rôles, pour que chacun sache ce qu’il a à faire.
- Le maire ouvre la séance en lisant les points à améliorer (rédigés
par l’inspecteur précédant), distribue les points, et clôt la séance
en demandant au contrôleur si les objectifs ont étés atteints.
- Le conseiller pose les questions et distribue la parole.
- Le maitre du temps veille au bon déroulement de la séance.
- L’inspecteur note dans un cahier les points à
améliorer pour la prochaine séance. (2 ou 3 points).
- Le contrôleur vérifie que chacun essaye d’appliquer les points d’amélioration relevés par le précédent inspecteur.
- Le commissaire s’assure que les règles du débat (établies ensemble en amont) soient respectées.



Séance de rédaction

Le choix du sujet
À chaque épisode, deux sujets sont proposés : l’un à visée argumentative, l’autre à visée narrative. Selon vos objectifs pédagogiques, vous pouvez choisir d’imposer un sujet ou de laisser aux élèves la liberté de choisir. Pour ma part, en début d’année, et généralement au minimum les deux premières périodes, je préfère imposer le sujet. Cela me permet de travailler de manière ciblée les stratégies spécifiques à l’un ou l’autre type d’écrit (par exemple, la première période, je ne fais que le sujet 1 des épisodes, et la deuxième, que le sujet 2). Par la suite, j’ajuste en fonction des besoins des élèves, que ce soit de manière collective ou individuelle. Il peut aussi y avoir, au sain d’une même période, une alternance entre consigne imposée et choix libre. En fin d’année, en revanche, j’apprécie de laisser davantage d’autonomie aux élèves dans le choix de leur sujet.
Mise en place des stratégies
Au début de chaque séance d’écriture, je prends le temps de rappeler les stratégies abordées en classe, et j’invite les élèves à les mobiliser au mieux dans leur production.
Il arrive qu’une seule stratégie soit ciblée pour la séance, afin de l’approfondir pleinement. Par exemple, je peux leur demander de réaliser uniquement le schéma narratif de leur histoire sous forme de carte mentale, sans rédiger le texte final. Il est essentiel que l’objectif de la séance soit clair pour que les élèves puissent s’y investir pleinement. Il est également possible de commencer la production ensemble, afin de donner une direction commune. L’essentiel reste de les guider progressivement, en leur fournissant des outils adaptés pour qu’ils soient capables à terme de rédiger des textes clairs, structurés, riches et pertinents. Rappelons pour cela qu’ils ont toute une année pour acquérir ces compétences, si ce n’est, en réalité, bien plus.
La correction
En matière de correction, il est essentiel de juger la production de l’élève au regard des objectifs fixés.
Compte tenu de leur âge, il serait irréaliste de s’attendre à un texte parfaitement structuré, au vocabulaire soutenu et exempt de fautes d’orthographe ou de syntaxe.
L’évaluation doit donc porter en priorité sur les compétences visées lors de la séance. Si le texte répond aux attentes, alors il est possible d’ajouter quelques conseils pour l’améliorer sur d’autres aspects, comme l’orthographe ou le style.
Il est toutefois important de ne pas multiplier les exigences : se concentrer sur deux à trois objectifs par séance permet aux élèves de progresser sans être submergés cognitivement. Rappelons qu’ici, nous ne sommes par dans un écrit d’exercice de langue mais de production.
La lecture aux autres
La séance peut se terminer sur la lecture de quelques productions et amener à un échange analytique entre les élèves sur celles-ci.





























